
Il y a dans mon esprit une effervescence constante. Les idées s’y déploient comme les branches d’un arbre, se multiplient, se croisent, s’entrelacent. Une phrase en appelle une autre, une image en fait naître dix, un souvenir en ouvre cent. C’est ce que l’on appelle la pensée en arborescence — un mode de fonctionnement souvent associé à la neuroatypie, et qui peut sembler désordonné. Pourtant, lorsqu’on apprend à la comprendre et à la canaliser, elle devient une source inépuisable de créativité.
Un cerveau qui ne s’arrête jamais
La pensée en arborescence fonctionne comme un feu d’artifice. Une idée n’en chasse pas une autre : elle la déploie, la prolonge, la transforme. Ce mode de réflexion rapide et foisonnant peut parfois donner l’impression de s’éparpiller. Il rend la concentration difficile, crée un sentiment de trop-plein permanent… et pourtant, il est aussi un formidable moteur d’invention.
Dans l’écriture, cette hyperactivité cognitive devient un allié précieux. Elle permet d’envisager des angles inattendus, de faire des liens que d’autres ne verraient pas, de créer des univers riches et complexes. C’est elle qui nourrit l’imaginaire, qui alimente les rebondissements, qui donne à chaque histoire une profondeur unique.
Transformer le foisonnement en richesse littéraire
Apprendre à travailler avec un esprit en arborescence, c’est apprendre à l’apprivoiser. Ce n’est pas chercher à le ralentir, mais à lui donner un cadre dans lequel il peut s’exprimer pleinement.
Dans mon écriture, cela passe par quelques habitudes simples : noter mes idées dès qu’elles arrivent, même si elles n’ont pas de lien immédiat avec mon projet ; structurer mes intrigues sous forme de cartes mentales ; accepter que certaines idées ne mûrissent que plus tard.
Ce processus créatif n’est pas linéaire — et c’est précisément ce qui en fait la richesse. Un détail insignifiant devient souvent le cœur d’un chapitre. Une note griffonnée sur un carnet trouve sa place dans un dialogue des mois plus tard. La pensée en arborescence transforme le travail d’écriture en une aventure organique, vivante, en perpétuelle évolution.
Une écriture plus profonde, plus connectée
Cette façon de penser a aussi une conséquence précieuse : elle crée des textes profondément connectés. Parce que tout est lié dans mon esprit, tout l’est aussi sur la page. Les personnages gagnent en nuance, les intrigues s’entrelacent avec cohérence, les émotions se répondent.
La pensée en arborescence me pousse à aller chercher derrière les évidences, à questionner les non-dits, à explorer ce qui se cache sous la surface. Elle donne à mon écriture cette densité que je n’aurais sans doute pas atteinte autrement.
De la différence à la singularité
Longtemps, j’ai cru que ce fonctionnement était un obstacle. Qu’il fallait le dompter, le corriger, rentrer dans le moule d’une pensée plus linéaire. Aujourd’hui, je sais qu’il est ma plus grande force.
C’est lui qui fait de moi l’autrice que je suis. C’est lui qui donne cette énergie, cette profondeur et cette sincérité à mes histoires. Et c’est lui qui me rappelle que nos différences ne sont pas des freins, mais des façons uniques d’habiter le monde.
Si mes mots résonnent en vous, c’est peut-être que vous aussi, vous pensez en arborescence. Et si c’est le cas, rappelez-vous ceci : dans ce foisonnement se trouve un trésor. Il suffit d’apprendre à l’écouter pour le laisser s’exprimer.
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