
Mettre le mot fin sur un roman devrait être un moment de joie. Pourtant, derrière la satisfaction d’avoir mené une histoire au bout se cache souvent une émotion bien plus complexe : un vide immense, un sentiment de perte, comme si l’on quittait un monde que l’on avait habité trop longtemps.
Un processus qui nous habite entièrement
Écrire un roman, c’est bien plus que coucher des mots sur une page. C’est vivre plusieurs vies en même temps, respirer au rythme de ses personnages, traverser leurs émotions, porter leurs colères et leurs espoirs. Depuis le début de l’année, j’ai travaillé sur Les Murmures de Saint-Erwan : une première phase d’écriture, une relecture en bêta, puis cinq mois de mise en sommeil avant de plonger à nouveau dans la réécriture pendant un mois intense.
Quand j’ai posé le point final, j’ai senti une déchirure. Comme si je refermais une porte derrière laquelle je laissais une partie de moi.
Quand les personnages deviennent une famille
Quand on vit avec ses personnages jour après jour, ils finissent par occuper une place bien réelle dans notre quotidien. On pense à eux sous la douche, on réécrit leurs dialogues en cuisinant, on s’endort en imaginant la suite de leurs histoires. Ils deviennent des compagnons de route, parfois même des amis.
Alors, quand tout s’arrête, c’est un peu comme une séparation. On a l’impression de leur dire adieu, de quitter une maison dans laquelle on avait trouvé refuge.
Transformer ce vide en tremplin
Ce sentiment n’est pas une faiblesse. Il est le signe que l’histoire a été pleinement vécue, habitée, incarnée. Pour moi, il est aussi le moteur qui me pousse à continuer d’écrire. Je prends le temps de laisser retomber la poussière émotionnelle, de relire quelques passages, de savourer ce qui a été accompli. Puis, petit à petit, une nouvelle idée surgit, un personnage s’invite, et l’envie d’écrire revient.
L’écriture est un cycle. Chaque fin contient déjà les prémices d’un nouveau commencement.
Finir un roman, c’est laisser partir une part de soi. C’est accepter que l’histoire vive désormais sans nous, entre les mains des lecteurs. C’est aussi reconnaître que ce vide n’est pas une absence, mais la preuve tangible que l’on a aimé intensément l’univers que l’on a créé.
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